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dimanche 21 mars 2021

Le désir d'être important, un piège d'égo.

Cultivons le bonheur

 Il nous faut distinguer d'abord désir et besoin : le besoin est nécessaire et naturel, comme la nourriture et le sommeil par exemple, et le désir est superflu dans le sens où notre vie n’en dépend pas. Selon Hegel, suivi par de nombreux autres philosophes, tout désir est fondamentalement désir du désir de l’autre. Cela voudrait dire que chacun de nos désirs est destiné à nous faire reconnaître par les autres.

Lorsque nous désirons un objet uniquement parce que d’autres le désirent, lorsque nous voulons ressembler à quelqu’un d’autre ou à un idéal, lorsque nous aimons quelqu’un, lorsque nous sommes en rivalité avec quelqu’un, c’est parce que nous voulons être désirés par autrui. Nous voulons être reconnus. Nous voulons être importants.

Nous voulons tous être "quelqu'un". Mais que se passe-t-il lorsque nous ne parvenons pas à atteindre notre objectif ? Toute action que nous avons accomplie depuis notre premier jour a été provoquée par le fait que nous désirions quelque chose.

Qui n’aime pas se sentir important et spécial pour les autres ? Il s’agit d’un désir humain tout à fait légitime et sain. Cependant, vouloir se sentir important ne signifie pas toujours y parvenir. En fait, certaines personnes se sentent frustrées à cause de cela. Elles se voient comme quelqu’un de plus dans la masse et voudraient cesser de se sentir ainsi.

Le problème n’est pas dans ce désir de recevoir de la reconnaissance, d’éveiller l’admiration ou d’être significatif dans la vie d’autres personnes. Vouloir se sentir important devient peut-être problématique à cause du sens que nous donnons au terme “important”. Et également à cause du type de réponse que nous attendons des autres.

Dans le langage familier, il existe des expressions qui font référence à cette réalité. On parle “d’être quelqu’un” ou de “n’être personne”. Ces types de termes nous poussent à croire qu’être et exister ne nous donne pas de valeur en soi. L’existence se définirait donc en fonction d’autres facteurs. Vous êtes “quelqu’un” ou vous n’êtes “personne” si vous vivez dans le cadre de certains paramètres.

Pour certains, un guerrier est “quelqu’un” qui se montre suffisamment violent pour s’imposer face aux autres. Pour d’autres, ce même guerrier ne serait “personne”.

Dans cet exemple un peu extrême, la personne pacifique par nature doit-elle devenir violente dans le but de se sentir importante pour son groupe ? Ou le guerrier par nature doit-il devenir pacifique pour être admiré de ceux qui l’entourent?

Le piège de l’ego réside précisément dans ce point. Le fait de vouloir se sentir important implique parfois de dénaturer ou de renier la personne que nous sommes. Tout cela pour être bien vu ou encensés par les autres. La question est: cela en vaut-il la peine?

Ce n’est pas pour rien que le frontispice du célèbre Temple de Delphes affichait la phrase “Connais-toi toi-même” de Socrate. Se connaître totalement est le premier acte d’amour propre que n’importe quelle personne devrait s’offrir. Il ne s’agit pas de faire une liste de nos qualités et défauts mais de comprendre qui nous sommes. Notre histoire. Nos peurs et nos forces. Nos talents et nos vides.

Notre principal devoir est peut-être de polir ce que nous sommes pour lui donner le plus de plénitude possible. Plus que de l’admiration, nous avons besoin d’acceptation, de soutien et d’affection. Or, ce n’est pas quelque chose qui “arrive” dans nos vies: nous le construisons en acceptant, en soutenant et en aimant les autres. C’est ce qui nous pousse réellement à guérir notre ego. À nous valoriser, tels que nous sommes. En faisant cela, le désir de vouloir se détacher à tout prix s’évapore.

Vouloir se sentir important pour les autres est un piège de l’ego. En général, cela ne nous conduit qu’à des frustrations parce que l’opinion des autres est changeante et passagère. Parce que nous sommes humains et n’avons pas toujours raisons. Et aussi parce que cette admiration, à la différence de la véritable affection, ne nous comble pas. Elle génère de la satisfaction mais celle-ci se dilue très rapidement. Ce n’est qu’un mirage qui disparaît et laisse des vides derrière lui.


Kervin Edwing Hyppolite

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